L’argent n’est pas la valeur, il est la représentation subjective que nous en avons. La valeur est elle-même subjective. La valeur n’existe pas. C’est une notion abstraite propre aux sociétés humaines.

éléments de réflexion sur la monnaie, l’argent, la richesse, la valeur

L’argent n’est pas la valeur, il est la représentation subjective que nous en avons. La valeur est elle-même subjective. La valeur n’existe pas. C’est une notion abstraite propre aux sociétés humaines. C’est l’homme, dans son désir d’échange mais de manque de confiance en son prochain, qui à toujours éprouvé ce besoin de comptabilité en fixant une valeur d’échange commune. Un ‘étalon de valeur’ commun pour être certain de ne pas se faire flouer dans l’échange. Pour être certain de récupérer au minimum la valeur d’usage du bien dont il se prive(1).

La ‘monnaie’ est un mélange conceptuel formulé la première fois par Aristote. Une monnaie unique, centralisée et monolithique ne peut avoir d’existence stable pour trois raisons. Une raison structurelle qui provient de la centralisation et donc l’absence d’alternatives diversifiées permettant au système de retomber sur ses pattes en cas de problème (résilience). Une raison humaine liée à nos limites de perceptions et de capacités dans l’espace et le temps ainsi que notre indéfectible défaut de tricherie lié au désir de possession. Et enfin, une raison intrinsèque à la monnaie qui porte en son sein une contradiction : ‘échange’, promu par un intérêt négatif a la thésaurisation (monnaie franche ou fondante, Silvio Gessel), et ‘réserve de valeur’, promu par un intérêt positif a la thésaurisation (2). La troisième fonction communément admise est la fonction d’étalon valeur avec la recherche d’équité dans l’échange. Le capitalisme a cette prétention. Est-il plus éthique? Est-ce que n’importe quelle comptabilité ne risquerait pas de nous mener à la même naturalisation de l’exploitation ?(1)

Si Aristote avait dit ; ‘il faut une diversité de monnaies’ pour gérer l’économie, il aurait vu juste: des monnaies d’échange aux côtés de monnaies de réserve, des monnaies locales aux côtés de monnaies internationales. Est-il possible d’avoir une ‘monnaie’ remplissant correctement les trois fonctions communément admises: échange, réserve de valeur et étalon?

Par ailleurs, 80% de la ‘valeur ajoutée’ est immatérielle (cf. observatoire de l’immatériel) et représenter l’immatériel par du matériel (monnaie marchandise) est un non-sens conceptuel. Lorsque je vends un bien, je dois m’en séparer, ce qui n’est matériellement pas possible pour idée ou un concept.

L’argent n’est pas produit dans les entreprises en même temps que les biens et services, il est produit dans les banques suite à une demande de crédit à rembourser avec intérêts. Tous les agents économiques (Banque, état, Entreprise, Citoyen) doivent rembourser leur emprunt avec intérêt. Le système est donc juste? Pas vraiment car le taux d’intérêts appliqué varie selon les agents économiques: de 0 à 4% pour les banques et les états (0% droits de tirage spéciaux), de 2 à 20 % pour les états et les grandes entreprises et de 4 à 250% pour les petites entreprises, les pauvres et les particuliers.

« Chaque somme que nous payons comprend une part d’intérêt » et au final, « en Allemagne, les intérêts représentent 12% du coût des déchets, 38% dans le prix de l’eau et 77% dans les prix de location des logements publics. L’intérêt bancaire représenterait en moyenne 30 à 40% du prix des produits hors taxes»(3)
« Si on répartit la population allemande en dix groupes, on constate que chaque groupe reçoit et paie des intérêts. Par contre, 10% de la population reçoivent la quasi-totalité des intérêts, alors que 80% de la population paient deux fois plus d’intérêts qu’ils n’en reçoivent. La somme redistribuée aux détenteurs de plus 500.000€ de patrimoine représente un milliard d’euros par jour ».(3)

Cette différenciation de taux d’intérêt réalise un transfert permanant de ‘richesses’ de la base (travail) au sommet (capital) selon l’actuelle hiérarchisation pyramidale de la société fondée sur le principe de l’argent roi (égoïsme, avidité, possessivité).

En dehors de toute considération sur l’appartenance du pouvoir de création monétaire à l’état ou aux banques(4), la différenciation des taux d’intérêt implique des inégalités de traitement. L’intérêt est-il légitime? Est-il normal que l’argent fasse des petits tout seul sous prétexte que celui qui en possède et en prête prend un risque ou s’en prive? D’autant plus que sans ajustements, cette somme d’intérêts additionnels à rembourser (obligation légale) est à la base de l’instabilité de notre système monétaire.

Les banques créent en effet l’argent nécessaire aux emprunts (argent-dette créé sur base de demande de création ou d’obtention de biens et services monnayables) mais elles ne créent pas l’argent nécessaire au remboursement des intérêts de ces mêmes emprunts. D’un point de vue global, puisque l’argent des intérêts n’existe pas dans la masse monétaire existante, d’autres agents économiques sont bien obligés de contracter d’autres emprunts pour venir combler le manque de liquidités nécessaire remboursement d’intérêts. A cause de l’absence d’argent nécessaire aux remboursements des intérêts, les emprunts appellent les emprunts et la dette de tous les agents, sauf les plus riches, ne fait qu’augmenter. Le montant d’argent dû aux banques excédera toujours le montant d’argent disponible en circulation. C’est une des raisons pour laquelle l’économie subit toujours une certaine inflation. Si nous parvenions à correctement corréler l’approvisionnement monétaire à l’approvisionnement en biens et services à l’économie, il n’y aurait pas d’inflation en dehors de problèmes conjoncturels et de lenteur d’adaptation de la demande.

Une économie saine est une économie qui fournit autant d’argent qu’il existe de bien et services en circulation. Pour ce faire, il faudrait, dès aujourd’hui, nous atteler à un rapprochement aussi rapide que progressif entre la fonction de production des biens et services et la fonction de production monétaire(5).

La proposition de la New Economic Foundation en Angleterre(6) et du mouvement du Sociétalisme en France(7) consiste à tendre progressivement vers un organisme monétaire public indépendant qui deviendrait la quatrième branche de pouvoir au même titre que l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Un organisme transparent parfaitement informé de la croissance et de l’état de l’économie afin d’émettre autant d’argent qu’il y a de biens et services produits. Cet argent pourrait même demander un intérêt s’il est pris en compte dans la masse monétaire et s’il est d’utilité publique (fonctionnement du système).

Cette réforme n’est bien sûr pas incompatible avec le principe de diversification, régionalisation, territorialisation, responsabilisation et d’appartenance de systèmes monétaires alternatifs et complémentaires proposés et documentés par Bernard LIETAER(8) et Margritt KENNEDY(9) dans leur dernier livre ‘Monnaie Régionales'(10). Autant de projets monétaires diversifiés sont autant de chances de rattrapage de l’économie en cas de mauvaise de gestion de l’un ou l’autre système de valeur. La diversité est gage de résilience et de durabilité.

Patrick HOUBEN (Ottignies): houbenpatrick1@yahoo.fr

PLOUTOPIA (Démocratie ? ou Ploutocratie ?): http://ploutopia.over-blog.com

(1) Manuel d’anti-économie www.ecotheurgie.com
(2) www.projetplus.net ; http://monnaiefondante.canalblog.com/ ; http://transversel.apinc.org/
(3) Helmut CREUTZ http://www.lesyndromedelamonnaie.fr/
(4) étienne CHOUARD www.fauxmonnayeurs.org ; http://etienne.chouard.free.fr/Europe/
(5) ‘Dividende monétaire’ ou ‘Credit social’: théorie économique développée par Clifford Hugh DOUGLAS: http://economiedistributive.free.fr/
; http://creationmonetaire.blogspot.com/
(6) www.neweconomics.org ; www.jamesrobertson.com
(7) www.societal.org ; www.public-debt.org
(8) Bernard LIETAER www.lietaer.com
(9) Margrit KENNEDY www.margritkennedy.de
(10) Bernard LIETAER & Margrit KENNEDY. Monnaies régionales : De nouvelles voies vers une prospérité durable. Editions Charles Léopold Mayer. 242 p.

En Belgique: www.systememonetaire.be ; www.vivant-ostbelgien.org ; www.gtmonnaie.be

Voir aussi : www.bioeconomie.net