Des conséquences de l’argent-dette

Nous avons déjà abondamment parlé des principes de l’argent-dette.

L’argent qui entre dans le circuit marchand est équivalent au volume des crédits en cours. La banque se rémunère par les intérêts, pendant que le capital-dette est annulé au moment du remboursement de la dette. Or ces intérêts, elle les a créés elle-même en prêtant de nouveaux crédits, car l’argent pour couvrir les intérêts n’existe pas. Il doit être créé par de nouveaux emprunts

Dimanche 16 novembre 2008

Si les gens n’étaient pas endettés, il n’y aurait pas d’argent pour les transactions marchandes.

La crise actuelle permet d’étudier les conséquences de la monnaie de dette.

Contrairement à ce qu’on pourrait comprendre, il n’y a pas de lien direct entre les chutes des places boursières et les difficultés de la sphère marchande. Seule la décision des banques de resserrer le crédit est en cause.

Les intérêts représentent une part de plus en plus importante de cet endettement. Derudder et Holbecq parlent de plus de 50 % d’intérêts cumulés dans les prix pratiqués.
A ce stade, il faut observer que les intérêts payés par les uns sont une grande partie du capital emprunté par les autres, au point qu’il devient assez arbitraire de dissocier le capital et les intérêts de la dette.

Pour que les emprunteurs puissent rembourser capital et intérêts, il faut premièrement qu’ils captent une partie du capital emprunté ailleurs à travers leur chiffre d’affaires. Naturellement, certains n’y arrivent pas.
Plus globalement, il faut aussi que les banques octroient bien ces emprunts. Si elles ne le font pas, les créances deviennent globalement irrecouvrables.

Les banques ont été imprudentes en prêtant à des personnes dont elles savaient qu’elles ne seraient pas en mesure de rembourser. Parce que ces personnes devaient payer des intérêts très élevés et qu’elles n’étaient pas en situation de faire payer ces intérêts par quelqu’un d’autre. C’est typiquement la situation des salariés.

Mais plus généralement, ce n’est pas parce qu’elles prêtent trop que les banques ont des créances irrécouvrables. C’est parce qu’elles ne prêtent pas assez.

Ce n’est donc pas parce que des emprunteurs deviennent insolvables que les banques resserrent l’accès au crédit. C’est parce qu’elles ont resserré l’accès au crédit que les emprunteurs sont devenus insolvables.

Les banques ont en fait deux choix.

Soit elles continuent à octroyer des crédits, et de plus en plus, pour que le capital et les intérêts soient payés. La dette globale publique et privée augmentera à l’avenant, en même temps que les intérêts perçus par les banques. Avec une inflation salariale à l’avenant, le jeu est à somme nulle pour le travailleur et les banques. Sinon le travailleur se serre un peu plus la ceinture, et la banque améliore ses gains relativement à ceux du travailleur.
L’important est que le travailleur reste en mesure de payer son loyer et son alimentation, ainsi que le nécessaire pour une vie décente. Or il est entièrement de la responsabilité des marchands de proposer des loyers et des prix alimentaires en adéquation aux ressources des travailleurs. S’ils ne le font pas, ce n’est pas de la faute de la crise, mais de la rapacité des destinataires de la rente et du profit.

Soit les banques arrêtent de prêter, voire aggravent la chose en rappelant leurs crédits. Il y a moins d’argent dans l’économie. Les prix peuvent baisser et le jeu est à somme nulle. S’ils ne baissent pas, le niveau de consommation baisse.
Mais surtout, la situation des banques et des emprunteurs est très mauvaise. L’emprunteur professionnel doit faire face à une chute de la demande et ne peut pas rembourser. Il doit parfois licencier ou mettre la clé sous la porte. La banque doit enregistrer le capital à rembourser comme une perte d’actifs et faire une croix sur les intérêts qu’elle escomptait. Parfois elle est aussi déclarée en faillite.

Le remède choisi – resserrer le crédit pour empêcher les créances pourries – est donc celui qui a créé le problème, et va donc l’aggraver.

Il eût mieux valu que les acteurs continuent à croire en leur système de dettes pyramidales, parce que c’est le seul qu’ils ont et qui fonctionne tant bien que mal. S’ils n’y croient plus, la seule solution serait d’en changer. En revenant à des systèmes tout aussi grotesques, mais fonctionnels, comme l’étalon-or. Ou en arrêtant de croire à un système économique quel qu’il soit, ou l’attribution d’une valeur aux choses est toujours absolument arbitraire.

Mais ce n’est pas ce qui a été décidé.
par Didier publié dans : Economie communauté

2018-05-10T13:29:11+00:000 Commentaire

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